Est-ce que je dis «lorsqu’enfin» ou «lorsque enfin», «puisqu’aucune» ou «puisque aucune», «presqu’arrivé» ou «presque arrivé» ?

Nous savons tous depuis notre plus jeune âge que le déterminant le se transforme devant un nom commençant par une voyelle : le + ami devient l’ami.

De la même façon : de + envie devient d’envie, je + avais devient j’avais, ce + était devient c’était.

N’oublions pas que le h muet se comporte en phonétique comme une voyelle. Ainsi, nous dirons : l’homme et non le homme.

Le h aspiré, quant à lui, fait fonction de consonne et ne répond donc pas à cette règle ; on dit dans ce cas qu’il y a disjonction : nous dirons donc le haricot et non l’haricot.

Simple, me diriez-vous jusque-là.

La disparition de la voyelle finale devant un mot commençant par une voyelle s’appelle l’élision. C’est une forme de synalèphe, c’est-à-dire le fait de prononcer deux voyelles qui se suivent en une seule -dites en hiatus-.

Elle s’applique, bien sûr, à l’oral de façon assez spontanée et dans le but de simplifier la prononciation : on dira Un honnêtE homme ou sur un ton plus familier T’es pas fâchée ? mais elle ne sera pas marquée à l’écrit.

Voilà que la règle se complique dans l’écriture ; dans certains cas, l’élision semble capricieuse.

En règle générale, la voyelle élidée est un e, un a ou un i et sera marquée par une apostrophe.

Pour une bonne expression écrite, comment utiliser l’élision avec presque, lorsque, parce que, puisque, quoique, quelque, jusque, si et entre ?

Presque :

Adverbe composé de près et de que. 
 
>>> Il ne s’élide jamais.

Exemple : J’étais presque enclin à le croire sur parole et non j’étais presqu’enclin à le croire...
   
On le trouve avec une apostrophe uniquement dans le nom presqu’ile (sans accent circonflexe en orthographe moderne ou presqu’île avec un accent circonflexe en orthographe traditionnelle).

Lorsque, parce que, puisque :

Lorsque : conjonction composée de lors et de que / parce que : conjonction composée de par, de ce et de que / puisque : conjonction composée de puis et de que : Adverbe composé de près et de que. 

>>> Elles ne s’élident que devant il(s), elle(s), on, en, un, une.

Exemples : 
Lorsque enfin nous sommes arrivés, ils avaient déjà commencé le dîner et non lorsqu’enfin nous sommes arrivés,…

Parce que encore pris par des obligations, je n’ai pas pu me libérer et non parce qu’encore pris par des obligations,…

Puisque aucune autre solution n’est envisageable, nous nous rallions à celle-ci ! et non puisqu’aucune autre solution...

Quoique :

Conjonction composée de quoi et de que.

>>> Elle ne s’élide que devant il(s), elle(s), on, un une.

Exemple : Quoique avec moi il se soit toujours bien comporté, je ne le crois pas très sincère et non quoiqu’avec moi il se soit…

Quelque :

Adjectif composé de quel et de que.

>>> Il ne s’élide que devant un(e).

Exemple : Quelque aimable qu’il soit habituellement, Luc nous a mis à la porte d’une façon presque irrespectueuse et non quelqu’aimable qu’il soit habituellement, …

Jusque :

Préposition, adverbe ou conjonction selon le cas.

>>> Elle s'élide toujours devant une voyelle.

Exemple : Jusqu’ici, je n’avais pas tout lu et non jusque ici,…

* Jusque s’emploie le plus souvent suivie de à mais on la trouve sans à :
- lorsqu’elle est suivie d’autres prépositions ou adverbes, chez, dans, vers
Dans ce cas, dites :Je l’ai raccompagné jusque chez lui et non je l’ai raccompagné jusqu’à chez lui
- devant un adverbe d’intensité bien, fort, assez, aussi, très
Dites plutôt : Il a travaillé jusque très tard et non il a travaillé jusqu’à très tard

Jusqu’aujourd’hui est considéré comme plus correct mais jusqu’à aujourd’hui est accepté.

Si :

Conjonction de subordination.

>>> Il ne s’élide que devant il(s).

Exemple : S’il fait soleil, nous irons à la plage et non si il fait soleil, nous irons à la plage.

Si elle vient, je pars.

Entre :

Préposition.

>>> Elle ne s’élide jamais.

Exemple : Se rencontrer entre amis devient de moins en moins possible et non se rencontrer entr’amis devient….

* L’élision dans certains mots composés comme s'entr'aimer, entr'apercevoir n’est plus d’actualités. Les rectifications de l'orthographe de 1990 préconisent la soudure s'entraimer, entrapercevoir, etc.

Cas des noms propres :

On n'élide jamais devant l'initiale d'un prénom.

Exemple :
Les œuvres de A. Camus sont très célèbres et non les œuvres d’A. Camus…

Dans les autres cas, il est préférable de pratiquer l’élision devant les noms propres de la même manière que devant les noms communs.

Mais on observe une tendance à ne pas faire l’élision, surtout quand le nom propre est court ainsi que devant les noms étrangers.

Exemple :
Les œuvres d'Hugo ou les œuvres de Hugo / les romans d'Hemingway ou les romans de Hemingway

Ces règles sont issues de celles édictées par les experts du Projet Voltaire et observées par nombre d’écrivains ; pour d’autres grammairiens, d’autres adaptations peuvent être tolérées.

Mais on sait bien que le français n’a pas de limites précises et est en perpétuelle évolution.

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